Médecine & sciences humaines

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Collection dirigée par Jean-Marc Mouillie

La collection Médecine & Sciences Humaines est dédiée à la réflexion et au questionnement qu'appellent la médecine et les possibilités biotechnologiques contemporaines. Il s'agit d'un enjeu philosophique, éthique, épistémologique, économique, juridique, politique, idéologique, majeur de notre temps. Sans doute s'impose-t-il de dépasser le clivage entre approche scientifique et morale humaniste qui, chacune à leur manière, en cherchant à occuper ou à se partager le terrain, menacent de recouvrir une réflexion originale, propre à la médecine. Ni ouvrages pour seuls spécialistes ni simple vulgate, les textes ont l'ambition d'expliciter les pratiques, les discours, les expériences, les enjeux associés à la question dont ils traitent, en offrant une lecture éclairante, stimulante et accessible. Dans cet esprit d'ouverture, la collection s’adresse à plusieurs publics : public universitaire des étudiants, des enseignants et des chercheurs des disciplines concernées, public des diverses professions de santé, public, enfin et surtout, de tous ceux que les questions du soin, de la santé et du corps, c’est-à-dire de nos choix sociaux, intéressent.


Les principes de l'éthique biomédicale constituent, par leur influence, l’ouvrage majeur de l’éthique médicale contemporaine. Au-delà de son contexte nord-américain d’élaboration, de la déontologie médicale traditionnelle et des théories morales classiques, la réflexion proposée a reconfiguré l’analyse des questions éthiques liées à la relation de soin et au monde de la santé. Depuis la première édition de ce texte (1979), les auteurs n’ont eu de cesse de le remanier et d’en présenter des versions intégrant toujours davantage leurs réponses aux objections et critiques qu’ils recevaient ou se formulaient eux-mêmes. C’est la 5e édition (dans l’attente de la 6e), datant de 2001, qui est ici traduite pour la première fois. Livre en débat, né lui-même des discussions engagées aux États-Unis dans les années 1970, notamment sur l’éthique des essais cliniques, il vise à déterminer des principes-repères susceptibles d’éclairer les pratiques médicales et les argumentations qui les accompagnent dès lors qu’elles engagent un rapport aux normes et aux valeurs: le principe d’autonomie, le principe de non-malfaisance, le principe de bienfaisance et le principe de justice. Le statut de la théorie dans la vie morale, les rapports entre les principes et les éléments factuels, les rapports des différents principes entre eux sont les problèmes qui structurent continûment la réflexion des auteurs. Ainsi s’édifie une approche se voulant fine, souple et rigoureuse de ce qui peut justifier et guider le raisonnement éthique dans les prestations de santé et les relations de soin.


The Foundations of Bioethics (1986) inscrit la bioéthique dans un cadre très large. L'auteur prend acte de l'impossibilité, dans les sociétés contemporaines, de parvenir à un consensus général en éthique : il n’existe pas d’accord sur une conception du monde universellement recevable, rationnelle et dotée de contenu concret. Dans les sociétés laïques et pluralistes, les valeurs et les normes des individus diffèrent, parfois du tout au tout. Sous la seule exigence de résoudre les désaccords de façon pacifique, Hugo Tristram Engelhardt, Jr. distingue deux principes, différents mais complémentaires, qui permettent de construire à nouveaux frais une bioéthique acceptable.
Le principe d’autonomie met en avant la liberté, caractérisée non comme une valeur à promouvoir, mais comme une condition de possibilité de l’éthique. Formel et d’application universelle, il proscrit l’usage de la violence, privée ou étatique, à l’encontre des choix innocents, c’est-à-dire des choix qui ne causent pas de préjudice aux personnes. Le principe de bienfaisance, fondé sur la sympathie et l’intérêt pris à la traduire en acte, indique à quelles conditions on peut ou doit faire le bien d’autrui. Concret, il ne peut se réaliser effectivement que dans le cadre de communautés diverses, avant tout des communautés de croyants, où il prend des formes elles-mêmes diverses, éventuellement aberrantes aux yeux des membres des autres communautés.
La bioéthique reconstruite sur ces fondements est parfois conforme au sens commun et à une certaine sagesse médicale traditionnelle, mais elle en diffère souvent de façon radicale, en particulier par l’accent mis sur l’autonomie des personnes, par opposition à la condition qui est celle des êtres humains.

Hugo Tristram Engelhardt, Jr., né en 1941, est un philosophe américain. Docteur en philosophie et en médecine, il enseigne au Département de Philosophie de la Rice University (Austin). Auteur de nombreuses publications en philosophie de la médecine, en bioéthique et en philosophie, il est Senior Editor du Journal of Medicine and Philosophy.


Manger cinq fruits et légumes par jour, surveiller son poids, ne pas fumer, faire de l'exercice physique, ne pas abuser de l’alcool, contrôler sa sexualité pour éviter le Sida et autres maladies sexuellement transmissibles, prendre garde aux addictions, lutter contre le cancer, le diabète, les accidents de la route : telles sont quelques-unes des injonctions qui envahissent au quotidien nos vies privées.

La définition des conduites à risques est aujourd’hui configurée par les experts de la santé publique à partir d’une rhétorique du contrôle et du gouvernement des corps.

Le citoyen, le patient, voit son espace de vie, même le plus intime, largement codifié ou normé par ces diverses incantations de la politique de prévention au moment même où la loi (texte du 4 mars 2002 sur la « démocratie sanitaire ») veut faire du citoyen un acteur autonome, responsable, capable de bien gérer son « capital santé » (homo medicus), le tout dans le contexte culturel d’une modernité où s’ancrent la recherche de la santé parfaite et la culture du corps.

L’ambition de cet essai est de proposer une réflexion sur le débat qui se développe à cet égard en santé publique à la lumière des sciences sociales.

Nicolas Tanti-Hardouin, Professeur d’Économie de la santé, enseigne les sciences sociales de la santé et la santé publique au Laboratoire de Santé Publique de la Faculté de Médecine de Marseille (Aix-Marseille Université).


« Ce n'est plus une vie », « je veux encore vivre, même avec cette maladie », « ma vie n'a plus de valeur »: confronté à la maladie, à la déchéance physique, à la perte provisoire ou définitive de certaines capacités, chacun d'entre nous peut être conduit à énoncer de tels propos. Quoi de plus délicat cependant,que l’évaluation de la valeur de la vie? Cet ouvrage aborde le sens et la portée de cette réflexion dans une situation où elle s’impose dans toute sa radicalité: celle des décisions de maintien ou d’interruption de la vie prises au chevet du patient dans les hôpitaux. En choisissant d’aborder ainsi la question de la valeur de la vie, ce livre fait le pari qu’une approche philosophique nourrie par une rencontre avec l’univers de la médecine contemporaine éclairera davantagele sens de cette notion, son fondement et ses limites, qu’une approche abstraite de tout contexte.

La démarche cherche aussi à établir un dialogue entre philosophes et médecins en proposant une analyse des différents contextes thérapeutiques où une décision de maintien ou d’interruption de la vie doit être prise. À la lumière de cette analyse, l’ouvrage propose une réflexion critique sur les usages de l’idée de valeur de la vie pour en désavouer la pertinence et en nier la légitimité éthique. Les patients, malades mais aussi citoyens, doivent forger en concertation avec les médecins d’autres critères pour fonder une décision aussi déterminante que celle de maintenir ou d'interrompre le cours d’une vie humaine.


Qu'est-ce que la douleur? Quel lien peut-on établir entre son étude biomédicale et l'expérience de chacun? Sur le fond d'une présentation critique de l'apport de plusieurs disciplines scientifiques (biologie évolutionniste, neurosciences) et approches philosophiques (philosophies antique et classique, phénoménologie, analyse du problème corps-esprit), cet essai examine la difficile prise en compte de la douleur par la médecine. Parmi les questions privilégiées: le lien entre travail clinique et empathie, l'évaluation, la durée et la chronicité de la douleur, l'éthique des décisions médicales, le travail pluridisciplinaire, l'articulation entre douleur et souffrance, la fin de vie. Au terme de cet examen, qui dénonce aussi bien les pièges du dolorisme passé que les présupposés de l'algophobie contemporaine, l'auteur détermine de façon précise le sens et les enjeux actuels des approches médicales et philosophiques de la douleur.


D'un côté, il est possible de montrer que la maladie est l'unique objet de la médecine scientifique. D’un autre côté, il est évident qu’un malade, toujours sujet, n’est pas réductible à sa maladie. De ces deux constats naît un problème. Quelle en est la source? Et quels en sont les enjeux éthiques et économiques?

L’injonction de qualité en tant que simple normalisation des pratiques et l’introduction du productivisme dans les hôpitaux sont-elles adaptées à la pertinence des soins? Rentabilité et souci de véritable qualité (non quantifiable) ne sont-ils pas contradictoires dès lors qu’un soin n’est évidemment pas un bien de consommation ordinaire?

Accompagner de réflexion éthique chaque acte médical, y compris le plus courant, peut-il contribuer au maintien d’une médecine œuvrant à la solidarité nationale?

La psychanalyse peut-elle orienter l’écoute d’un médecin et permettre une réponse non étroitement biomédicale à la demande d’un sujet?

Telles sont quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre cet essai, qui explore les limites de la médecine scientifique non pour la mettre en cause mais au contraire pour en accroître la pertinence.