Boris CYRULNIK - Un merveilleux malheur

Présentation de l’auteur :

Boris Cyrulnik né le 26 juillet 1937 à Bordeaux est un médecin, éthologue, neurologue et psychiatre.
Il découvre dans les années soixante, au terme de ses études de médecine, une toute nouvelle discipline, considérée alors comme scandaleuse : l'éthologie humaine. En plein questionnement, préférant à l'analyse la synthèse, il se lance dans cette science novatrice en complément de la psychiatrie, de la psychologie sociale, de la clinique, rejetant avec force l'idée de se spécialiser.

Pour lui, le mélange des genres, l'approche conjointe du corps et de l'esprit, de la parole et de la molécule, de l'homme et de l'animal est un parcours indispensable pour mener à une compréhension globale de la dimension humaine. Il travaille sur la biologie de l'affect, le pouvoir du langage, les signes du corps, applique à l'homme des méthodes d'études réservées jusqu'ici au milieu animal, parcourt le monde et créé un groupe transdisciplinaire de recherche en éthologie clinique à l'hôpital de Toulon-La-Seyne.

Son objectif est d’étudier le développement humain, la complexité des systèmes relationnels, l'influence du verbe, de l'inconscient et des signes de communication non verbaux sur la biologie et la construction psychologique d'un individu.
Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Thème général du livre :

Dans ce livre l’auteur traite 2 concepts «la Résilience » et « l’Oxymoron ».

Il nous aide à en comprendre le sens à partir d’études scientifiques, de témoignages, de travaux de recherche d’auteurs, de psychologues, neurologues, etc... Il nous explique également dans quelles circonstances des phénomènes de résilience sont observés.

Pour mieux comprendre leurs sens voici tout d’abord comment l’auteur définit ces mots :

La résilience est « la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d'une adversité qui comportent normalement le risque grave d'une issue négative».

L’oxymoron est une figure de rhétorique qui consiste à associer deux ternies

antinomiques comme par exemple « l’obscure clarté » de Corneille. L'oxymoron fait apparaître le contraste de celui qui, recevant un grand coup, s'y adapte en se clivant.

Synthèse et résumé du livre :

La société actuelle valorise les réussites sociales de personnes avec un passé et un parcours de vie parfois chaotique. Des événements nous détruisent tandis que d’autres nous transforment.

B. Cyrulnik nous dresse une liste d’exemples d’individus devenus résilients suite aux guerres de 1914-1918, de 1939-1945, des conflits en ex-Yougoslavie, de la guerre du Cambodge... Il note également la situation d'enfants orphelins, malades ou ayant connu des accidents, des violences physiques, sexuelles, psychologiques, de la maltraitance...

Il met en évidence que chaque être humain est confronté durant sa vie à un ou des traumatismes pouvant bloquer son développement. Ce traumatisme peut être brutal ou alors résulte d’un enchaînement d’évènements parfois refoulés. Il peut être alors difficile d’en trouver l’origine et de le soigner.

Si le débat a longtemps tourné autour des souffrances des personnes, B. Cyrulnik veut amener la réflexion sur le processus qui amène à la réparation car finalement on parle peu de ceux qui se reconstruisent bien malgré un même traumatisme.

Il met en évidence qu’un adulte ou un enfant vont vivre différemment le traumatisme. Il y a également l’état d’esprit dans lequel se trouve l’individu, l’entourage du moment qui va influer sur la manière de se remettre d’une telle épreuve.

La façon dont la confidence d’un malheur ou d’un traumatisme est accueilli est déterminante pour le rétablissement de la personne. Le récit fait aussi part du fardeau que peut représenter un aveu, il peut détruire une relation ou au contraire la renforcer. Les conséquences pour l’entourage peuvent être aussi considérables, « il m’est interdit de me taire, il m’est impossible de parler », on imagine par exemple le retentissement du témoignage d’une victime d’inceste.

Boris Cyrulnik utilise, tout au long de son ouvrage, l'image du tricot et du maillage qui se fait, se défait et qui en gardant des imperfections continue de se construire. L'être humain serait ainsi en construction permanente, chaque rencontre peut être un virage qui influencera sa trajectoire intime ou sociale. Il garde le souvenir de son passé et l’utilise dans ses choix professionnels (choix du métier), affectifs (choix du conjoint) et sociaux. Ceux-ci peuvent servir également de base pour aider la personne à rentrer ou non dans un processus de résilience.

 

Point de vue personnel et mis en lien avec ma pratique professionnelle :

Durant mon stage dans un Centre de Réadaptation Professionnelle, le concept de résilience m’a été présenté par un médecin. Celui-ci m’a conseillé la lecture d’ un merveilleux malheur. Dans cet établissement, les personnes ayant subies un accident d’ordre privé ou professionnel voient leur vie bouleversée. Ils perdent parfois leur travail, leur place dans la famille, se retrouve changé, s’occuper des enfants (porté, accompagnement à l’école, etc..), l’entretien de la maison (jardinage, petits travaux, etc...) devient difficile voir impossible. Les dépressions, les ruptures avec le partenaire sont fréquentes mais certaines personnes rebondissent. Au lieu de se laisser abattre, elles font de leur problème un tremplin, une étape vers une autre vie. L’élément déclencheur peut être une phrase dite par un professionnel ou par un proche, une lecture qui fera « tilt » à son lecteur, une écoute psychologique... B. Cyrulnik dit que « la résilience se tricote avec mille déterminants qu’il faudra analyser, car certains sont probablement plus efficaces que d’autres. Le tissage du sentiment de soi semble un facteur capital de l’aptitude à la résilience ».

L’auteur cite à de nombreuses reprises la réussite de personnes ayant subies un évènement traumatisant durant leur vie, des écrivains issus de l’orphelinat, des juifs déportés devenus chefs d’entreprise après la guerre...

En cherchant des exemples de processus de résilience, il m’est venu de nombreux exemples comme le peintre H. Matisse. Contraint à rester alité pendant de longues semaines à la suite d’une crise d’appendicite, sa mère lui a offert une boîte de peinture pour s’occuper. Il découvre alors le plaisir de peindre et devient le peintre que l’on connaît.

Ce livre m’a fait réfléchir sur les conclusions parfois prises rapidement dans nos vies professionnelles ou de tous les jours. Il est facile de ranger les gens dans des cases, de se fier aux idées reçues ou à ce que l’on veut bien entendre. L’importance de l’écoute lors d’un récit de l’expression d’un malheur ou d’un traumatisme est primordiale, l’auteur le décrit parfaitement bien, « Vous qui avez tant souffert, dites-nous ce qui s’est passé. Mais vous n’avez le droit de dire que ce que l’on veut entendre.» Les mots ont le pouvoir de détruire ou de relancer une personne. Il est important d’avoir un environnement laissant la possibilité de parler de ses problèmes sans jugement et de réfléchir au sens de nos propos.

Prendre conscience de la résilience, c’est prendre conscience du rôle que peut avoir notre action éducative. Par l’écoute des personnes ou le sens donné à notre activité on peut favoriser le processus de résilience si besoin. La personne pourra se servir du support travail comme d’appui et de base dans son cheminement en (re)trouvant une place sociale (avoir un travail), en ayant des relations avec les autres (avec les collègues et l’équipe éducative), etc... 


RUFO Marcel - Oedipe toi-même !

I) PRESENTATION DU CONTENU DE L’OUVRAGE.

 

A° BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR MARCEL RUFO.

 

Marcel Rufo est né le 31 décembre 1944.

Il est devenu interne en médecine en 1969. Il fait de la neuropsychiatrie, puis de la pédiatrie.

En 1980 née sa fille, Alice. Il devient professeur en pédopsychiatrie l’année d’après en 1981. C’est un joueur de rugby et en 1987 il devient même champion de France avec le Rugby Club Toulonnais.

Il a été pédopsychiatre à l’hôpital Sainte Marguerite à Marseille et il est aujourd’hui responsable de la maison de l’adolescence à Paris.

Il a publié des livres traitant de l’éducation, du rapport mère-enfant, de l’adolescence et entre autre « Elever bébé » en 1999, « Comprendre l’adolescent » et « Œdipe toi-même » en 2000 et enfin en 2002 il publie « Frères et sœurs, une maladie d’amour ».

 

B° LA PEDOPSYCHIATRIE.

 

      Marcel Rufo est pédopsychiatre, c'est-à-dire qu’il étudie et traite les maladies mentales de l’enfant et de l’adolescent.

      Il a pour principal objectif de démontrer qu’il n’y a pas de fatalité dans la maladie mentale et qu’on ne peut jamais présager de l’avenir.

 

C° L’OUVRAGE.

 

      Cet ouvrage est une suite de vingt et un cas cliniques. En effet l’auteur se base sur différentes situations qu’il a eu l’occasion de voir au cours de sa carrière. A travers celles-ci, il cherche à nous expliquer comment les enfants expriment à l’intérieur de leurs corps et à travers leurs comportements les choses qu’ils ne parviennent pas à exprimer avec des mots.

      Pour chaque cas, il commence par présenter l’enfant, puis la raison de la consultation. Il présente aussi l’histoire de l’enfant dans sa globalité puis décrit la prise en charge et donne son analyse de la situation. Enfin s’il en a, il donne des nouvelles de l’enfant.

 

D° LE RESUME DE L’OUVRAGE.

 

      Marcel Rufo a choisi de partager son livre en cinq grandes parties dans lesquelles il y rassemble trois où quatre cas.

     

      La première partie qu’il a choisi d’intituler « L’enfant et la maladie » rassemble trois situations avec pour point commun le fait qu’il s’agit de trois enfants malades physiquement qui ont eu un jour besoin de consulter un psychiatre.

      En effet Michel avait huit ans et était atteint d’un cancer.M. Rufo intervient car l’enfant a des comportements agités qui  perturbent le service de l’hôpital où il est et les médecins craignent qu’il ait une pathologie mentale. M.Rufo met peu de temps pour se rendre compte que Michel se sert de sa maladie pour tout obtenir de sa mère. Il identifie rapidement un très fort complexe d’Oedipe. Ainsi, Michel désirait profondément que son père s’en aille dormir dans le garage pour qu’il puisse prendre sa place dans le lit de sa mère. Il le dit ouvertement à M. Rufo.

Au fil des consultations, M.Rufo se prend d’affection pour l’enfant. Ils établissent une relation dans laquelle Rufo est le double de Michel, mais un double sans maladie, un double qui ne se sert pas de sa maladie pour tout obtenir de sa mère. De ce fait Michel est sans cesse en conflit avec l’auteur qui lui renvoie une image de lui normale, sans cancer. S’il ne semble pas content quand ils se voient, Michel réclame M.Rufo quand il n’est pas là car il le rassure. Et le jour où Michel a fait un rejet de la greffe de moelle osseuse et qu’il a demandé qu’on appel le pédopsychiatre, quand on lui a répondu qu’on n’en voyait pas l’intérêt, il a dit « si Rufo ne vient pas c’est que je vais mourir ». C’est ce qui arriva.

 

      Laëticia, treize ans, présente tous les signes d’une dépression. M. Rufo en s’intéressant à son histoire comprend rapidement les raisons de sa déprime. Elle a eu il y a quelques années une leucémie. Elle a été déclarée guérie, mais une de ses camarades qui elle aussi avait été déclarée guérie de la même maladie a fait une rechute et est morte. Cet évènement renvoie  l’adolescente face à sa propre mort : on ne peut être entièrement sûr qu’on ne rechutera jamais. M. Rufo pense qu’elle n’est pas atteinte du syndrome du survivant (la culpabilité d’être vivant), mais qu’elle ne supporte pas l’idée de ne pas pouvoir contrôler sa mort.

Au fil des séances, la jeune fille commence progressivement à sortir de sa dépression en apprenant à exprimer ses sentiments, à oser se plaindre…

Des années plus tard, M. Rufo entreprend un travail sur les relations entre frères et sœurs. Il pense à Laëticia et décide de demander à ses frères de raconter ce qu’ils ont vécu. Le petit frère qui était atteint d’une déficience de la vue n’a pas souffert apparemment de la maladie de sa sœur. En effet, leur père faisant un déni total de la maladie de sa fille, s’est consacré entièrement pendant ces années à ce jeune fils.

En revanche, le fils aîné qui avant la maladie de Laëticia était un garçon brillant, s’est retrouvé délaissé par ses parents, sa mère se consacrant exclusivement à sa fille, et son père se consacrant exclusivement à son jeune fils. En réponse à cet abandon parental, il a volontairement saboté sa scolarité afin d’attirer l’attention de ses parents.

 

      Un chirurgien fait un jour appel à M. Rufo au sujet de Medhi un jeune garçon de 5 ans qui souffre d’une ostéomyélite à la jambe droite. Ce qui préoccupe le chirurgien c’est de ne pas savoir s’il doit amputer la jambe de l’enfant ou traiter la lésion en ayant conscience qu’il a peu de chance de réussite et que cela entraînerait encore au moins un an d’hospitalisation. Il espère que M.Rufo va pouvoir lui dire ce que Medhi serait à même de mieux supporter. Ainsi le pédopsychiatre va passer un moment avec l’enfant. Medhi dessine un petit garçon avec une jambe malade. Puis il coupe la jambe. PourM. Rufo ça ne peut être plus clair, il faut amputer la jambe de Medhi. Mais après l’opération, l’enfant a énormément de mal à se faire à l’amputation. M.Rufo voyant cela culpabilise et pense avoir pris la mauvaise décision.

Dès années plus tard, il voit entrer un jour Medhi devenu adolescent dans son bureau qui vient le remercier d’avoir pris la décision de l’amputer.

 

      Dans la deuxième partie de son livre intitulée « L’enfant et la somatisation », M. Rufo prend trois cas pour expliquer comment les enfants expriment leur anxiété par leur corps.

      Dans la première situation, il raconte l’histoire de Lucie une petite fille qu’il rencontre car elle aboie. Voici son histoire : à la naissance de son petit frère, Lucie a du mal à accepter que toute l’attention de ses parents se porte sur le bébé. Elle est jalouse de lui et en arrive même parfois à souhaiter qu’il meure, et  le fait tomber volontairement.

Un jour, alors qu’elle a huit ans, son petit frère s’électrocute en s’accrochant à des fils EDF sous ses yeux. L’enfant hurle avant de mourir. Lucie pétrifiée reste sans bouger.

Elle aboie depuis ce jour là. M.Rufo explique ce phénomène par le fait que l’enfant culpabilise d’avoir « laisser tomber » par deux fois son petit frère et qu’elle somatise sa douleur par des aboiements.

M.Rufo rencontre au même moment Marine qui a 9 ans qui elle n’aboie pas mais boite. Cette petite fille a été abandonnée par ses parents et vit avec sa grand-mère. Mais quand celle-ci doit être hospitalisée pour un problème de hanche, les services sociaux qui les suivent veulent que Marine renoue avec sa mère pour qu’elles revivent ensemble. Marine refuse et préfère aller en foyer plutôt que de revoir sa mère. C’est à ce moment là qu’elle se met à boiter comme sa grand-mère pour garder un lien avec elle et elle espère inconsciemment être aussi hospitalisée.

M.Rufo entreprend une expérience. Il décide de mettre face à face les deux petites filles pour leurs expliquer en même temps d’où viennent leurs symptômes. Par miracle, deux jours après cette expérience les symptômes de Lucie et Marine ont disparu. Mais le lendemain, c’est Lucie qui boite et Marine qui aboie. Elles ont échangé leurs symptômes.

 

      Dans le cas suivant, il s’agit d’Audrey une petite fille qui tous les soirs à des crises où elle n’arrive plus à respirer. Après de multiples examens les médecins conviennent qu’elle n’a aucun problème respiratoire ou problème d’asthme et qu’il serait nécessaire qu’elle consulte un pédopsychiatre. M.Rufo s’intéresse a l’histoire de l’enfant et apprend que son père est mort noyé dans des conditions particulières. En effet sa mère dans l’eau avec lui à ce moment là, a choisi de sauver sa propre vie pour ne pas risquer de rendre sa fille orpheline en tentant de sauver son époux. La mère n’a jamais dit la vérité à sa fille. En plus des symptômes respiratoires, la petite fille ne parvient jamais à se détacher de sa mère et refuse de la quitter même pour quelques instants.

M.Rufo après avoir consulté l’enfant explique les difficultés de respiration par le fait qu’inconsciemment elle reproduit la mort de son père afin de culpabiliser encore un peu plus sa mère de l’avoir laisser mourir. Audrey somatise avec son corps l’anxiété de sa mère. M.Rufo conseille à la mère de dire la vérité à sa fille sur les circonstances de la mort de son époux afin d’aider Audrey à se débarrasser de son symptôme. C’est ce qu’elle fait, et comme l’avait dit le pédopsychiatre les difficultés respiratoires ont disparu. Pourtant, l’attachement excessif d’Audrey pour sa mère n’a pas disparu et bien au contraire s’est amplifié rendant le sentiment de culpabilité de la mère encore plus grand. De plus, Audrey est prise d’un grand sentiment d’angoisse, culpabilisant d’être celle que sa mère a choisie.

 

      La situation suivante concerne un nourrisson, Elsa qui a trois mois quand M.Rufo la rencontre. En effet, ce bébé fait des crises de coliques idiopathiques. L’histoire d’Elsa est compliquée. Tout d’abord, elle est issue d’une lignée familiale exclusivement féminine : sa grand-mère, sa mère, est elle-même n’ont pas connu leur père. Pourtant il y a trois ans, sa mère a eu un petit garçon qui est mort suite a des vomissements dus à une malformation cardiaque et a une cyanose. La grand-mère d’Elsa est anorexique et dépressive, est sa mère est très anxieuse est craint sans cesse qu’il arrive malheur à son enfant. Dès la première consultation les coliques d’Elsa se sont arrêtées. Elle somatisait l’anxiété de sa mère et le seul fait que sa mère se soit libérée en racontant son histoire a permis au bébé d’abandonner son symptôme qui lui servait à attirer l’attention de sa mère.

 

      Dans la troisième partie de son livre intitulée « l’enfant et la loi », M.Rufo s’intéresse à quatre cas où il va être confronté à la loi et où il se rend compte que la loi ne suffit pas toujours.

      Dans la première situation, il raconte l’histoire de Clémence 13 ans qu’il rencontre sur demande d’expertise du Juge aux affaires familiales. Ses parents se sont séparés quand elle avait trois ans et elle a vécu depuis avec sa mère. Pourtant aujourd’hui elle désirerait vivre avec son père qui s’est remarié et a eu un autre enfant car elle trouve que sa mère a une vie trop modeste et trop triste. C’est ce que Clémence révèle à M.Rufo sans hésitation. Celui-ci trouve le désir de survie de cette adolescente tout à fait normal. Pourtant elle culpabilise de désirer cela et d’abandonner sa mère comme son père l’a fait auparavant et malgré cela elle transgresse son sentiment de culpabilité afin de se donner une chance d’avoir une vie plus confortable et de plus grandes perspectives d’avenir. De plus elle se sent plus rassurée chez son père. C’est l’adolescente qui a pris elle-même la décision de changer de domicile et l’intervention de M.Rufo a permis que sa mère ne sache pas d’où venait la décision. En effet elle a cru que c’était du à l’expertise du pédopsychiatre que le juge avait statué ainsi. Elle n’en voudra donc pas à sa fille d’avoir préféré revivre avec son père.

 

      Dans la situation suivante, il s’agit de deux signalements pour abus sexuels. Pour le premier il s’agit d’une jeune fille en échec scolaire qui vient voir M.Rufo et accuse son beau-père d’avoir abuser d’elle sexuellement. Le pédopsychiatre se rend compte rapidement que quelque chose n’est pas cohérent  dans le discours de la jeune fille. En effet, selon ses descriptions elle semble avoir pris du plaisir durant les sévices qu’elle aurait subi, et ceci n’est pas normal en cas d’abus sexuel. L’affabulation et le mensonge sont courants chez les adolescents, et cette jeune fille a voulu attirer l’attention sur elle mais sur autre chose que ses mauvais résultats scolaires.

Pour le second signalement il s’agit d’une petite fille qui est au CE2 et qui a subi durant deux étés consécutifs des attouchements de la part du meilleur ami de son grand père.Dans un premier temps le père connaissant l’agresseur s’était contenté de lui demander de suivre une thérapie et décida d’en faire suivre une aussi à sa fille. Elle ne prend aucun plaisir dans l’évocation des faits. M.Rufo propose aux parents d’entamer immédiatement la procédure de signalement. Le fait que ses parents acceptent rassure la petite fille qui ne se sent plus coupable d’avoir mis sa confiance dans un adulte qui l’a trahit. De plus cela a permis aux parents de se remettre dans la position de protecteurs de leur fille.

 

      Dans la troisième situation de cette partie, il s’agit d’un père qui vient demander un conseil à M.Rufo. En effet, il va être inculpé pour meurtre de son jeune fils handicapé et il veut savoir ce qu’il doit dire à son fils aîné à ce sujet. M.Rufo lui conseille de dire la vérité. C’est ce que fait le père et à cela le fils lui répond qu’il ne veut plus jamais en entendre parler. Cette situation a beaucoup éprouvé le pédopsychiatre et il est soulagé de ne plus revoir ce père. Quelques temps plus tard, la mère vient avec son garçon se plaignant de ses comportements agressifs envers elle et son mari.Celle-ci a eu récemment un cancer.M. Rufo comprend que le jeune s’est retrouvé une nouvelle fois face à la mort lors de la maladie de sa mère. Ceci a déclanché une très grande peur chez le jeune garçon  d’être tué par ses parents comme son petit frère s’il ne leur plaisait pas. En conséquence il a développé un comportement agressif envers eux afin de se protéger. M.Rufo ne parvient pas à trouver de solution pour l’aider car celui-ci refuse toute communication. Le pédopsychiatre culpabilise de ne pas avoir pressenti cette réaction quand le père était venu il y a quelques années pour demander conseil. Il aurait pu alors peut être prévenir ce résultat en s’intéressant plus particulièrement au jeune et en n’ayant pas un désir de rejet du père.

 

      Dans la situation suivante M.Rufo est à nouveau interpellé par le juge pour Jérôme cinq ans qui a assisté au meurtre de sa mère commis par son père. La question posée à M.Rufo est la suivante : le petit garçon doit-il  aller voir son père au parloir de la prison ? Pendant l’entretien, Jérôme dit à M.Rufo qu’il a peur des loups. Avant il avait peur du loup (son père) et aujourd’hui il a peur des loups qu’il entend la nuit (la peur encore de son père cette fois meurtrier qui ne peut l’aider et le rassurer).

M.Rufo est convaincu que Jérôme doit revoir son père pour en faire le deuil en se rendant compte par lui-même de ce qu’il est réellement. Il doit pouvoir lui poser des questions sur ce qui s’est passé afin de casser l’image idéale qu’il a de lui. En ne le voyant pas il pourrait plus tard se braquer contre la loi pensant qu’elle lui a enlevé son père.

 

      Dans la quatrième partie de son livre intitulée « des suivis longs et difficiles », M.Rufo raconte quatre suivis qu’il a eus et qui ont duré pendant plusieurs années. Il trouve que ces suivis font la noblesse du travail du psychiatre.

      Pour le premier suivi il parle de Christelle une adolescente de 15 ans qui présente tous les signes de la schizophrénie. Les deux premières années elle ne dit pas un mot à M.Rufo, puis au bout de ces deux ans commence un transfert important où elle lui confie toute ses pensées et ceci pendant trois ans. L’année suivante c’est une grande crise. Elle se replie, est passive et a de plus en plus de signes de schizophrénie. Puis c’est le contre transfert, elle se rend compte que ce qui compte c’est sa vie à elle et pas sa vie à lui. Elle commence peu à peu à retrouver sa liberté de sujet pour enfin un jour dire au revoir à M.Rufo et clore la psychothérapie. Elle lui a téléphoné des années plus tard pour lui dire qu’elle était enceinte et qu’elle travaillait. M.Rufo en tenant le coup face a ce suivi long et difficile où parfois il semblait ne pas y avoir d’issus, a permis à Christelle de guérir.

Pour le second suivi il s’agit de Jérémy, 18 mois et déclaré autiste. M.Rufo le suit jusqu’à ses 6 ans quand voyant qu’il n’y a aucune évolution chez lui la décision est prise de le placer en IME. M.Rufo continu pourtant à lui rendre visite régulièrement. L’année de ses 17 ans Jérémy arrive à parler pour la première fois. Après un rapide évolution il parvient à travailler en CAT. Cette expérience montre que l’autisme d’un enfant n’est en aucun cas causé par les parents et que même si cela reste très rare des possibilités d’amélioration existent.

 

      Le suivi suivant concerne Eloïse, un bébé de 3 mois qui est anorexique. En effet elle ne  parvient pas à déglutir et à mâcher. Elle est par conséquent nourrie par sonde. C’est un jour en se cassant la jambe qu’elle prend conscience de son corps et de la douleur. Suite à cet évènement elle commence progressivement à guérir. Plus tard, à l’adolescence elle déclare un diabète et une nouvelle anorexie n’est pas diagnostiquée par les médecins. Elle est conduite plusieurs fois à l’hôpital dans le coma pour avoir pris trop d’insuline ou pour ne pas en avoir pris du tout. Un jour alors qu’elle est hospitalisée suite à un coma, elle se retire la sonde du bras et se fait trois injectons d’insuline. Elle meurt. L’équipe de l’hôpital n’avait pas voulu entendre M.Rufo sur ce qu’il pensait du cas d’Eloïse, qu’elle était anorexique et dépressive.

Dans la même partie M.Rufo parle d’Aurélie 18ans, anorexique depuis l’âge de 9 ans et qui est atteinte du nanisme de l’anorexique. A la FAC on se moque d’elle et on ne la prend pas au sérieux. Au cours de la consultation elle parle à M.Rufo d’une agression qu’elle aurait subie enfant sans plus de détail et lui dit aussi que ses parents sont séparés. Malgré la thérapie elle fait plusieurs tentatives de suicide et est orientée vers un hôpital spécialisé. Le suivi de M.Rufo s’arrêtera là. Il raconte ces deux consultations pour monter combien il est difficile de guérir de l’anorexie, et qu’il n’y a pas de typologie de l’anorexique.

 

      Le dernier suivi de cette partie concerne Camille un petit garçon de 5 ans que sa mère amène voir M.Rufo car il est victime à l’école de moquerie de ses camarades qui le traitent de fille. Les enfants le bousculent et lui ne se défend pas. Dès la première consultation il dit à M.Rufo qu’il aimerait être une fille. Celui-ci s’interroge sur une éventuelle homosexualité précoce. Il décide pour la consultation suivante de le recevoir avec un autre petit garçon de son âge qu’il suit à cause de sa grande agressivité. Au fils des séances, ils commencent tous les trois à se livrer à des jeux de bagarre et Camille commence à apprendre à se défendre et devient même le plus agressif des trois. Lors de nouvelles moqueries à l’école, Camille se bagarre avec son agresseur ce qui fait la fierté de son père et de M.Rufo. Il ne s’agissait pas pour le pédopsychiatre d’encourager un petit garçon à la violence ou de lui reprocher sa potentielle homosexualité mais de lui apprendre à ne pas avoir honte de ce qu’il est et de revendiquer sa place dans la société.

Lors d’une rencontre avec la mère de Camille, M.Rufo comprend les raisons du comportement de l’enfant. Il a été adopté et sa mère avait tellement désiré un enfant que quand elle a eu Camille elle a commencé à l’habiller en fille, à le faire jouer à la poupée… Elle demande à M.Rufo si son comportement a pu créer ce trouble chez son fils. La réponse semble évidente. Mais comment expliquer que Camille ait accepté aussi facilement cette identité sexuée qui n’est pas la sienne ? Cela peut s’expliquer selon M.Rufo par le fait que ayant été adopté, Camille a voulu encore plus qu’un enfant biologique satisfaire sa mère. Sa passivité pourrait être due au fait quand ayant  des incertitudes sur ses origines il a aussi des incertitudes sur son sexe. M.Rufo émet aussi l’hypothèse que la mère ait pu ressentir très tôt les tendances homosexuelles de son fils et ait voulu calquer son comportement sur les attentes de son fils.

 

      Dans la cinquième partie de son livre intitulée « il n’y a pas que la psychothérapie dans la vie » M.Rufo tient à démontrer par ses quatre cas que la psychothérapie ne fait pas tout et que le psychothérapeute doit parfois accepter d’avouer qu’il ne sait pas tout et que face à la réalité que vivent les enfants qu’il rencontre il doit adapter ses théories et ses méthodes.

      Dans la première situation de cette partie il raconte l’histoire de Grégory, 9 ans qui raconte partout qu’il vit dans un cagibi sur un matelas, qu’il ne mange pas à sa faim, qu’il mendie et que ses parents et sa sœur le battent. Alertés, les services sociaux décident de vérifier ce que raconte ce petit garçon et se rendent compte qu’il ne ment pas. Grégory est donc placé dans une famille d’accueil de la même composition que la sienne. C’est une famille parfaite, gentille, attentionnée… Pourtant au fils du temps il devient violent avec ses parents d’accueil et leur filles et se met à faire plein de bêtises.

M.Rufo comprend de cette histoire lors de la consultation qu’en mettant Grégory dans cette famille parfaite c’était comme lui renvoyer en pleine figure au combien la sienne ne l’était pas. Il est alors placé en foyer jusqu’à ses 18 ans. Il est aujourd’hui un très bon père.

 

      Dans la situation suivante, M.Rufo retranscrit l’histoire de Jérôme 15 ans, qui est un enfant adopté. Son père est avocat et ne supporte plus son agressivité envers sa mère. Au fil des consultations M.Rufo ne parvient pas à comprendre l’origine de cette agressivité. Mais un jour le père vient voir le pédopsychiatre pour lui avouer qu’il a menti à son fils en lui disant que lui était son vrai père et qu’il avait eu avec une prostituée et que sa mère stérile avait accepté de l’élever. Le père n’acceptant pas sa propre stérilité étant pour lui synonyme d’impuissance a préféré raconter n’importe quoi à son fils. Ainsi M.Rufo comprend rapidement ce qui se passe dans la tête du jeune garçon. Il reproche à sa mère d’être stérile et d’avoir accepter l’enfant d’une autre. De ce fait il se venge d’elle en étant très agressif. Pour arriver à avancer avec le jeune, Rufo conseille au père de dire la vérité à son fils.

 

      Pour la troisième situation M.Rufo prend l’histoire de Marc 6 ans qui refuse d’apprendre à l’école et qui est victime d’énurésie. Il le suit pendant environ neuf ans sans qu’il n’y ait aucune amélioration même après être allé dans plusieurs centres spécialisés. Un jour il perd sa trace. Des années plus tard, M.Rufo est en voiture quand il croise Marc sortant d’une boulangerie. Le jeune homme le voyant vient lui offrir une tarte et lui dit qu’il est le meilleur pâtissier de France. Même si cela peut paraître étrange, M.Rufo a aidé Marc en le laissant partir et en acceptant que la psychothérapie ne pouvait rien pour lui. C’est le travail qui lui a permis de guérir.

Dans la dernière situation de cette partie, il s’agit d’une infirmière qui travaille dans le même hôpital que M.Rufo qui vient lui demander conseil. En effet elle ne sait pas si elle doit dire la vérité à son fils sur ses origines. Il est né d’un viol. Jusqu’à présent elle lui a raconté une jolie histoire sur sa rencontre avec son père. M.Rufo lui conseille de ne rien dire de plus pour le moment car la vérité pourrait être plus dangereuse que le mensonge dans ce cas là.

M.Rufo rejoint cette histoire avec celle d’un petit garçon de 6 ans qui est arrivé un jour dans son bureau en ne cessant de répéter qu’il avait été adopté. Ses parents venaient de lui avouer qu’il était né par une fécondation in vitro. Du coup l’enfant a pensé que s’il n’était pas né d’une relation sexuelle entre ses parents son père n’était pas son père. M.Rufo conclue par ces deux dernières consultations que la vérité n’est pas toujours bonne à dire aux enfants.

 

      Dans la dernière partie de son livre intitulée « des consultations idéales » Rufo parle de ces cas qui sont simples et qui aboutissent rapidement à des résultats.

Pour la première situation il prend pour exemple une jeune fille qui vient le voir avec sa mère car elle a de très mauvais résultats scolaires et qu’elle a selon ses parents de mauvaises fréquentations. Quand M.Rufo parle avec elle, elle lui dit qu’elle sait qu’elle a déçu ses parents et qu’elle ne pourra plus désormais réaliser son rêve d’être journaliste. Elle dit aussi souffrir du manque d’attention de son père. M.Rufo la rassure lui disant qu’elle n’a rien gâché et qu’il suffit qu’elle se remette au travail pour réaliser son rêve. Au bout de quelques consultations, la jeune fille va mieux, elle a retrouvé confiance en elle et comprend que son père l’aime et que ses réactions sont seulement dues au fait qu’il veut ce qu’il y a de mieux pour elle. Il aura seulement suffit que M.Rufo la rassure et lui redonne confiance en elle pour qu’elle puisse recommencer à avancer.

 

      Dans la situation suivante, M.Rufo parle d’un petit garçon qui vient le voir avec sa mère par ce qu’il a recommencé à faire pipi au lit depuis que sa petite sœur est née. C’est une chose classique. Le problème dans cette situation c’est qu’il fait aussi pipi la journée dans sa culotte quand il est à l’école ce qui est un signe de profonde agressivité vis-à-vis des parents. A la consultation suivante M.Rufo demande à la mère d’amener aussi le bébé. Il décide de rentrer dans le jeu de l’enfant en disant tout haut ce qu’il pense tout bas c'est-à-dire que sa sœur l’énerve, qu’elle sait rien faire. Il va même jusqu’à lui dire qu’il doit sûrement souhaiter qu’elle meure. Il fait cela afin de lui permettre de ne pas culpabiliser pour ce qu’il ressent mais qu’il doit se faire à l’idée que sa petite sœur ne disparaîtrait pas par magie comme elle est venue. L’intérêt de cette consultation c’est que dès que la mère a pris rendez-vous avec M.Rufo l’enfant a diminué la fréquence d’énurésie. Le fait que sa mère s’inquiète pour lui et veuille le mener chez un docteur lui a permis de se rassurer sur l’amour de sa mère.

 

      Pour la dernière situation de son livre, M.Rufo parle d’un petit garçon de 9 ans que sa mère amène car il a de mauvais résultats scolaires. La mère dit à M.Rufo que le père bat l’enfant et qu’elle s’est séparée de lui il y a 3 ans. M.Rufo parle au garçon seul à seul. Il ne parvient plus à arrêter de pleurer. Il dit à M.Rufo qu’en effet qu’il a peur que son père le tape à cause de ses résultats. Mais il va plus loin. Il lui dit aussi qu’il pleure car son grand père est mort et qu’il l’aimait énormément. En effet ce grand père avait servi à rassurer l’enfant qui se sentait protégé de son père. En mourant il a créé une très forte angoisse chez le petit qui s’est senti en danger. Pourtant M.Rufo a compris son message. L’enfant considérait M.Rufo un peu comme un grand père qui avait la possibilité de parler à son père pour qu’il arrête d’être violent. M.Rufo rencontre le père qui souffre énormément de cette situation et qui ne demande qu’à être aidé pour arriver à se contrôler. Il ne veut que le bien de son fils pour qu’il ait plus tard une meilleure vie que la sienne.

 

II) ANALYSE DE L’OUVRAGE.

 

A° LE CONTEXTE DE LA PARUTION DE L’OUVRAGE.

 

      Pour situer le contexte de cet ouvrage il est nécessaire selon moi de rappeler l’origine de la pédopsychiatrie. Nous pouvons la faire commencer en 1800 avec J. Itard qui a tenté de traiter Victor un enfant sauvage retrouvé dans l’Aveyron. Par cette entreprise il s’est opposé à Pinel un médecin aliéniste français qui défendait la théorie de la déficience fixée non évolutive en développant la théorie du caractère acquis modifiable chez l’enfant.

 En 1830 Esquitrol introduit la notion de soin dans la psychiatrie. J. Moreau publie en 1888 le premier « Traité de psychiatrie de l’enfant ».

En 1930 les théories psychanalytiques de Freud rejoignent la psychiatrie infantile ainsi que les théories de Mélanie Klein et Anna Freud. Suite à cet apport, les centres de guidance et les centres médico-psychologiques se développent. C’est en 1950 que se mettent en place les thérapies institutionnelles. En 1972, Lebovici et Mises prennent en charge des enfants et des familles près de leur domicile et au même moment se crée l’intersecteur de psychiatrie infanto-juvénile. Ce n’est qu’ensuite qu’apparaissent les thérapies familiales et comportementales.

Les deux dernières grandes évolutions de la pédopsychiatrie sont la réforme dans la formation : pour être pédopsychiatre il faut suivre l’internat de médecine et se spécialiser ensuite. Il y a eu aussi la mise en place d’une classification internationale des troubles mentaux en pédopsychiatrie pour faciliter l’épidémiologie et la communication entre les professionnels.

 

B° LA PROBLEMATIQUE, LES QUESTIONS FONDAMENTALES ET LES CONCEPTS.

 

      La problématique de l’ouvrage est la suivante : comment les enfants expriment-ils dans leur corps et à travers leur comportement les choses qu’ils ne parviennent pas à exprimer à l’oral ?

 

      M.Rufo aborde tout d’abord la question de la conception de la maladie et de la mort chez l’enfant. On retrouve ce thème dans le premier cas avec le petit Michel qui est atteint d’un cancer, mais aussi avec Laéticia qui a guéri de sa maladie mais qui est confrontée à la mort de sa camarade à cause de la même maladie. Ce thème est aussi abordé avec Medhi à qui on doit couper la jambe.

      Ensuite M.Rufo aborde la question de la somatisation chez l’enfant avec l’histoire de Lucie qui somatise sa culpabilité de la mort de son frère par un aboiement et Marine qui somatise son angoisse d’être séparée de sa grand-mère qui l’élève, en boitant comme elle. Il y a aussi Audrey qui somatise la culpabilité de sa mère de n’avoir pas sauver son père de la noyade en ayant des crises où elle ne peut plus respirer et  la petite Elsa qui somatise l’anxiété de sa mère par des coliques.

      M.Rufo parle aussi du problème du divorce avec Clémence qui décide de laisser sa mère pour aller vivre chez son père qui a un meilleur niveau de vie qu’elle.

       Puis il parle aussi des attouchements sexuels avec une première jeune fille qui accuse son beau père à tort d’attouchements sexuels pour qu’on ne focalise plus uniquement sur ses mauvais résultats scolaires et avec la seconde qui elle est une petite fille qui a été victime d’attouchements par le meilleur amis de son grand père.

      M.Rufo aborde ensuite le thème de l’emprisonnement des parents et de l’handicap avec l’histoire du père qui a tué son jeune fils handicapé et avec l’histoire de Jérome dont le père a tué sa mère sous ses yeux et  qui est emprisonné. Il tente ensuite de démontrer avec Christelle qui est diagnostiquée comme schizophrène que rien n’est jamais perdu et qu’une évolution est parfois possible. Ce même thème est abordé avec Jérémy qui est diagnostiqué comme autiste.

      Il parle ensuite avec Eloïse du grave problème qu’est l’anorexie chez les enfants et les adolescents.  

      Il aborde le problème de la maltraitance en parlant du cas de Grégory qui est battu et maltraité par ses parents et ses sœurs et le problème de l’adoption avec Jérome.

      Il évoque aussi par l’histoire de Marc la difficulté à bien faire accepter la naissance d’un deuxième enfant à un aîné.

      Il propose aussi de s’interroger sur la question de dire la vérité sur ses origines à un enfant conçu d’un viol et à un enfant né grâce à une fécondation in vitro.

      Dans tout l’ouvrage M.Rufo exprime la difficulté à garder un bonne distance entre le médecin et le patient ainsi que de la difficulté parfois à prendre des décisions comme quand il a du choisir s’il fallait couper la jambe de Medhi ou non.

      Il parle aussi de l’importance primordiale d’avoir l’adhésion du patient au traitement afin de parvenir à une potentielle guérison. Enfin il est sans cesse question de prendre la situation du patient dans sa globalité et qu’il est important de ne jamais oublier que chaque cas est unique même si certains paraissent se ressembler.

 

M.Rufo dans son ouvrage utilise le concept de « symptôme ».

      D’après de le dictionnaire le « Petit Larousse », symptôme vient du grec coïncidence. Il s’agirait d’un phénomène subjectif (par opposition au phénomène objectif) qui révèlerait un trouble fonctionnel ou une lésion. Il pourrait s’agir aussi d’indice ou de présage.

      Selon le « dictionnaire critique d’action sociale », le terme symptôme est utilisé pour désigner un phénomène physique indiquant une altération, généralement morbide, des fonctions vitales. Le symptôme semble être un indicateur utilisé pour décrire un état pathologique et permettre de formuler un diagnostic.

      En psychanalyse le symptôme est pour Freud une pensée ou une action inhibant le déroulement de la vie quotidienne mobilisant un forte énergie dans le but de satisfaire des désirs inconscients mais en leur faisant subir des transformations qui interdisent qu’on puisse les reconnaître, comme ils sont interdits, ce qui a précisément motivé leur refoulement.

      J.Lacan aborde le symptôme sur une double ambiguïté, à partir de la double dimension de la croyance et de la supposition que le psychanalyste autorise et que le sujet met au travail.

      Pour l’action sociale, le symptôme permet de désigner un comportement, un dysfonctionnement voire un état pathologique qui par sa persistance et son inclusion dans le contexte relationnel de la personne, le fait devenir caractéristique d’un trouble relationnel.

      Dans son ouvrage M.Rufo parle du danger qu’entraîne le plus souvent la suppression trop rapide d’un symptôme. Le symptôme se déplace et est remplacé par un autre. En effet ayant été créé par une souffrance psychologique, son éradication ne guérie pas la douleur. Il est nécessaire au contraire de travailler avec le patient pour calmer la tension psychique qui a créé le symptôme. Celui-ci n’est pas là par hasard mais est toujours relié à un évènement psychique interne ou à un évènement traumatique externe.  Il survient au moment où le sujet se trouve une incapacité de compréhension afin de donner du sens à  ce que l’individu ne peut exprimer au niveau psychologique. Le psychisme de l’individu fabrique alors un symptôme pour calmer son anxiété. Ce symptôme protège l’individu de quelque chose qu’il ne peut plus mentaliser ou organiser sur le plan psychologique. En voulant l’éradiquer à tout prix on laisse l’individu sans défense.

Rufo parle aussi de ce qu’il pense de la considération du symptôme par les médecins en disant que le médecin diagnostique le symptôme et fait tout ce qu’il peut pour le faire disparaître. Ceci est le contraire du psychanalyste qui quand il repère un symptôme s’efforce de lui donner un sens afin que le sujet finisse par ne plus en avoir besoin.

 

M.Rufo utilise aussi le concept de « transfert ».

      Selon le « Petit Larousse », le transfert est l’action de déplacer quelqu’un ou quelque chose. Pour la psychologie c’est le phénomène par lequel une activité intellectuelle ou manuelle modifie une autre activité qui la suit, soit en la rendant plus facile (transfert positif) soit en la troublant (transfert négatif).

      Pour la psychanalyse, le transfert est la substitution d’une personne à une autre, plus ancienne et plus fondamentale dans le changement des attachements amoureux ou affectifs du sujet.

      Selon le « dictionnaire critique d’action sociale » et grâce aux apports de Freud, le transfert est l’ensemble des affects éprouvés à l’égard de l’analyste, qui répètent et réactualisent une problématique relationnelle infantile, révélant les désirs inconscients qui déterminent une névrose actuelle.

      Pour l’action sociale, le transfert est devenu l’échange d’affects entre les interlocuteurs concernés, généralement le travailleur social et l’usager.

      Pour M.Rufo le transfert n’est pas une question de confiance que le patient met en son médecin mais c’est le seul moyen que le patient puisse trouver pour tenir le coup. Il lui faut une bonne image du soignant pour survivre au stress. Il confie tout au médecin, ses hallucinations s’il en a, ses craintes, ses difficultés à être dans la société. C’est une façon impudique de raconter dans le détail ses pensées les plus secrètes afin que le médecin devienne en quelque sorte lui, et qu’ils soient tous deux en parfaite harmonie. De cette façon le patient est persuadé de se sortir de ses difficultés, en décrivant sa façon de fonctionner, il pense que le médecin va lui dire pourquoi il fonctionne comme cela et qu’enfin il pourra guérir.

 

III) COMMENTAIRES ET DEBATS.

 

      Tout d’abord il me semble important de préciser que j’ai trouvé l’écriture de l’auteur très accessible.

      Ensuite il m’a semblé très intéressant de lire les difficultés qui peuvent être rencontrées pour garder la bonne distanciation entre le médecin et le patient car il en va de même pour le métier d’assistant de service social.

En effet on voit dès la première situation qu’il est confronté à cette difficulté face à Michel. Il se considère comme son double, il a une grande affection pour lui et il raconte qu’il est très affecté par sa mort. Il a du mal à gérér ses émotions et à faire un deuil rapide.

      M.Rufo n’hésite pas comme on peut le voir à décrire précisément ses ressentis, ses doutes et à reconnaître que parfois il ne peut rien pour certains patients, qu’il n’a pas réponse à tout. Durant notre formation aussi, on axe beaucoup de choses sur notre capacité à exprimer ce que l’on a ressenti face à certaines situations et à prendre conscience de nos limites.

      Pourtant je trouve aussi qu’il est très important comme l’exprime Rufo tout au long de ces récits, de garder de l’espoir même dans des situations qui paraissent de prime abord sans issus. Avec l’histoire de Christelle il démontre bien qu’avec de la patience, des efforts et de la volonté des maladies graves comme la schizophrénie peuvent évoluer.

      De plus on comprend après avoir lu ce livre  la réelle nécessité d’obtenir l’adhésion de l’individu au traitement. En effet comme il le montre avec l’histoire de Marc sur qui la psychothérapie n’ avait visiblement aucun effet. Dans mon futur métier je sais que je vais être confrontée à des personnes qui refusent toute forme d’aide ou de communication. Ce n’est parfois pas le bon moment pour cela ou bien pas la stratégie la mieux adaptée à la personne. Il faut pourtant accepter les limites de son métier et de ne pas être en capacité de « sauver » tout le monde.

      Il est nécessaire aussi de considérer chaque situation dans sa globalité et dans sa singularité. Il n’est pas pensable de jouer avec la vie des gens et il faut bien analyser chaque situation non pas afin de faire le bon choix (même si c’est toujours mieux) mais surtout de parvenir à assumer son choix. M.Rufo aborde ce problème avec l’histoire de Medhi pour qui il doit décider s’il faut lui couper la jambe ou non.

      M.Rufo apporte aussi de nombreuses théories qui permettre de mieux comprendre le fonctionnement de l’enfant et de rendre plus explicites ses propos comme la relation fusionnelle mère-enfant et le complexe d’Œdipe apporté par Freud dans l’histoire de Michel qui obtient tout de sa mère, et qui tente d’évincer son père du lit conjugal afin d’avoir sa mère rien que pour lui. Il évoque aussi la théorie de relation frère-sœur, du  désir inconscient  d’éliminer celui qui nous a volé l’amour et l’attention de nos parents, et de l’énurésie nocturne entraînée par la naissance d’un deuxième enfant. Mais il parle aussi de la théorie de Winnicott sur le deuil de l’enfant idéalisé lors de la naissance afin d’éclairer le comportement de la mère de la petite Elsa.

 

POUR CONCLURE.

 

 

      A travers ces situations, M.Rufo nous permet d’accéder à la réalité des  consultations en pédopsychiatrie. Une vision très humaine des difficultés rencontrées par les enfants ma permis d’approfondir mes connaissances sur le développement de l’enfant et de faire sans cesse un lien avec ma future profession. En effet, je trouve que sur beaucoup de points la psychanalyse et le travaille social se ressemblent surtout dans le principe de la relation d’aide.